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mercredi 30 juin 2010

Six Feet Under : La vie est belle.


Quand Nathanael Fisher Senior, gérant d'une modeste entreprise de pompes funèbres, décède brutalement dans un accident de voiture, sa femme et ses trois enfants doivent tous faire face à la réalité de la mort et reprendre l'affaire familiale.

Chacun d'entre nous a des problèmes plus ou moins importants avec sa famille. Chaque famille a son canard boiteux (celui-dont-on-ne-prononce-pas-le-nom) ou ses engueulades de noël. Il n'y a qu'à voir le nombre de familly drama qui sortent régulièrement pour s'en rendre compte (The Sopranos à la télévision, Crazy et Le Dernier jour du reste de ta vie au cinéma) et même les Ingalls avaient leurs conflits. Alors à quoi bon regarder une famille se lamenter sur elle même pendant près de 58 heures ? D'autant plus que cette histoire de croque mort n'est pas des plus réjouissantes et des motivantes pour la suite...

Or Six Feet Under (SFU) est loin d'être une morbide et banale chronique familiale, elle est bien plus que cela car lorsqu'Alan Ball (le scénariste oscarisé d'American Beauty) imagine la famille Fisher, c'est pour mieux parler librement (on est sur HBO, la chaine qui a diffusé The Sopranos) de la société américaine.
Les personnages en sont ainsi les archétypes : Ruth est une mère coincée, qui vit pour et par sa famille mais désire rester femme ; Nate, l'ainé des enfants, est un grand adolescent, n'hésitant pas à faire l'amour à la première venue sans se préoccuper des conséquences ; David est homosexuel, le cachant à ses proches (à l'instar de Ball qui a fait son coming out à 30 ans) et Claire, une gamine cynique attirée par les bad boys. Là où n'importe quelle série aurait pu se contenter de rester enfermée dans ses stéréotypes, Ball et son équipe ne cessent de les faire évoluer, les confrontant à leurs démons (solitude, paternité, homophobie, doutes), à des événements et des rencontres les aidant peu à peu à grandir et à murir, à nous faire murir.


Car là est l'intérêt de SFU : par cette manière de montrer tout en ne jugeant jamais mais simplement en nous expliquant la pluralité de points de vue et la complexité de l'être, Ball cherche à nous faire réagir, à nous faire prendre conscience que l'autre n'est pas mieux que nous même mais en aucun cas pire. Une méthode proche de l'objectivité qui se ressent aussi lors des morts qui ouvrent chaque épisode. Celles ci sont souvent dures et dérangeantes (la mort subite d'un nourrisson vu à travers les yeux de l'enfant, la mort accidentelle d'un garçon de six ans ou encore le tabassage d'un jeune homosexuel) mais la beauté de la réalisation et de l'écriture met fréquemment le spectateur dans une position d'accompagnateur du défunt et jamais dans celle du voyeur, comme si l'auteur aimait ses personnages et les guidait vers la mort malgré leurs défauts ou perversions, parfois même avec un humour cinglant justifiant au passage le vieil adage "la vie n'a aucun sens".
Car il aurait semblé dur de faire de l'humour sur des sujets aussi graves mais le cynisme, l'ironie ou les sarcasmes (souvent de la bouche même des morts) sont autant de méthodes pour se débarrasser du boulet des conventions et du conformisme puritain à peine voilé de notre société occidentale. Car Ball le dit, l'exprime et nous y enfonce le regard : baiser langoureux et sexe entre deux hommes, drogue entre jeunes, partouze... Aucun tabous n'est autorisé.
La mort elle même est dénudée par l'intermédiaire de Federico, l'embaumeur qui considère son métier autant comme un boulot normal que comme un art, et le téléspectateur connaitra bientôt toutes les phases du processus (vidages, produits chimiques, reconstruction) sans oublier les coulisses du business de la mort (prix exorbitants, marges faramineuses, grandes compagnies contre petites entreprises).

La qualité extraordinaire de la série, sa philosophie (car c'est une véritable philosophie de vie qui est distillée durant ces cinq années) et sa psychologie hors norme ont poursuivi la voie ouverte par The Sopranos (ou même Oz) chez HBO, toujours à la recherche de fictions justes, intelligentes et choquantes, dont on voit toujours les stigmates aujourd'hui (Breaking Bad, Mad Men ou True Blood du même Ball). Une qualité récompensée (9 Emmys, 3 Golden Globes) qui ne décroitra jamais grâce à son casting exceptionnel (brillamment mené par le trio Krause-Conroy-C. Hall, le futur Dexter) et à une réalisation superbe, dont l'apothéose final sera certainement le moment le plus beau et le plus émouvant qui ait été donné de voir à un téléspectateur.


En résumé : Six Feet Under est bien plus qu'une simple série, c'est une philosophie. En abordant une multitude de thèmes sans aucun tabous (sexe, solitude, violence, spiritualité...) et sans jugement, en ne cessant de faire évoluer ses personnages pour mieux nous interpeller, son auteur, Alan Ball, offre au téléspectateur un moyen d'avancer, de se construire et d'apprendre à appréhender la vie ainsi que la mort, avec peut être un peu plus de sérénité.
****
"Why people have to die ?" - "To make life important."
Nathanael Fisher Jr. (Peter Krause)
*S.M.*

mercredi 26 mai 2010

Lost : Il était une fois, sur une île (presque) déserte.

[Attention spoiler]



On a tous grandi avec Lost. Que ce soit à travers les conversations de nos amis ou le petit écran. Ça a donné envie à certains de se lancer dans le monde des séries et à d'autres de découvrir toutes les mythologies du monde. Ça nous a inspiré des aventures sans fin et ça a fini même par s'incruster dans nos rêves.
Elle était belle l'époque où le samedi soir on préférait regarder Lost sur TF1 au lieu de sortir avec les amis. Et il y a ceux qui ne pouvaient pas attendre alors ils se procuraient la version américaine. Les poils se hérissaient et les yeux savouraient :

"Previously on Lost"

On avait tous un petit air de chanson qui trainait au coin de notre tête : You All Everybody des Driveshaft et on était tenté de jouer les chiffres "maudits" au loto du coin. On allait sur le site de Oceanic Airlines pour trouver déjà des réponses à nos questions et on ne ratait pas un seul web épisode.
Pendant ce temps là, diffusée dans 120 pays du monde, la fièvre Lost gagnait la terre entière et les critiques étaient unanimes : Lost allait révolutionner le monde des séries.

En 2004, le vol 815 d'Oceanic Airlines se crash sur une île déserte. Presque 50 rescapés doivent apprendre à vivre au quotidien dans cet environnement hostile et assez étrange où une fumée noire semble anéantir les rescapés. Un ours polaire apparait et bientôt d'autres habitants de l'île veulent mener des expériences sur les survivants. Et si les secours n'arrivaient jamais?

D'épisodes en épisodes, l'histoire devient de plus en plus intrigante frôlant la science fiction et le fantastique. Les interviews se multiplient pour l'équipe de tournage et les recherches s'intensifient du côté des fans.

J.J Abrams, connu au cinéma pour Mission Impossible et producteur de Cloverfield, affirme certainement avec Lost (après Alias) sa place au sein du monde du visuel. Accompagné dans l'écriture par Jeffrey Lieber et plus tard par Damon Lindelof, il abandonnera pourtant trop tôt l'aventure. Les scénaristes semblent eux mêmes devenir des "losties" sans leur mentor et quelques saisons plus tard, on perd vite les pédales. Et pourtant, en bons fans, on espère.

"Avez vous la moindre idée de là où je vous amène ?"

L'espoir c'est aussi ce qui fait vivre les personnages sur l'île. Car on ne tarde pas à comprendre que c'est bien elle le personnage principal. Elle qui commande qui doit venir et qui doit mourir. Elle encore qui abrite cette source. La source de la vie et de la mort qu'il faut protéger.
Alors, reprenons. "Previoulsy on Lost" :

Lost, c'est l'histoire d'une île qui abrite un petit meurtre en famille. Deux enfants échouent sur l'île avec leur mère. Cette dernière est tuée par une femme qui les adopte. Plus tard, elle leur dira qu'elle est la gardienne de l'île et qu'il faudra bientôt un successeur. Jacob et son frère grandissent. Le premier ne se pose pas beaucoup de question tandis que le deuxième veut quitter l'île, voir ce qu'il y a derrière. A cause de son ambition, sa mère, un peu folle qui considère l'homme comme le mal absolu, finira par le laisser pour mort. Il la tuera par la suite et Jacob découvrant le cadavre de sa mère adoptive, tuera son frère en le jetant dans la source. Son esprit de vengeance, aidé par la source, le transformera en ce que les "losties" appellent "le monstre" ou "la fumée noire" (Smokey).
En 2004, Jacob, se faisant vieux dans sa lutte contre la fumée cherche donc un successeur. Les candidats du crash de l'Oceanic Airlines sont arrivés à temps. Smokey joue avec ces derniers, cherchant lui-même un candidat pour satisfaire son ambition de jadis : quitter l'île.

Et il faudra un épisode aux scénaristes (seulement un seul le 616, What they die for) pour nous raconter tout ça. Quant aux autres questions, celles que tout le monde s'est posé pendant toutes ces années, celles là même qui alimentaient toutes les rumeurs, qui nous faisaient rêver, voyager et frémir ne trouveront malheureusement et pour jamais, aucune réponse.




" “Lost” ended tonight, and with it the hopes and dreams of millions of people who thought it might finally get good again. "
Max Read dans Gawker.

Ce qu'il faudra retenir de Lost, nous dira-t-on, c'est cette relation humaine entre les personnages. Il n'y a pas de bons comme il n'y a pas de méchants. Tous êtres humains, oui oui, même Smokey. Lost aura réussi à aller au delà des clichés : Sayid n'est pas l'arabe qui a fait exploser l'avion, Sun n'est pas la femme asiatique soumise à son mari Jin, Kate n'a pas tué son beau père pour le plaisir du crime, Hurley n'est pas un homme riche et comblé, Locke n'est pas l'homme courageux qu'il voudrait tant nous faire croire, Jack n'est pas si heureux que ça en sauvant des vies, Sawyer n'est pas qu'un bad boy aux répliques foudroyantes, Ben n'est pas l'ennemi, Richard n'est pas celui qui sait tout, Jacob n'est pas tout blanc et Smokey n'est pas tout noir.
Une fois la morale passée et comprise, il reste les mystères. Parce que si c'est pour discuter du bien et du mal, autant regarder Star Wars une énième fois, Hurley en a si bien fait la publicité.
Et en parlant de publicité, il y'en a eu quarante cinq minutes pour le dernier épisode de Lost à 900 000 dollars les trente secondes. Autant nous dire tout de suite que Lost était devenu affaire d'argent pour ABC avec quelques douze millions de spectateurs aux Etats Unis.
"Lost a pris fin ce soir emportant les espoirs et les rêves de millions de personnes qui voulaient croire que ça pouvait encore donner quelque chose de bon."
Parce qu'en fait, Lost, de notre côté, ça faisait longtemps qu'on espérait plus vraiment. En parcourant les forums et en parlant avec nos amis, nous nous en rendions peu à peu compte. La saison 4 battait déjà de l'aile quand après tant d'effort pour en sortir, "ils" ont tous décidé de retourner sur l'île. Il faut sauver ceux qui y sont restés la dernière fois, nous dit-on.
Quelques flopée de morts plus tard, tout le monde veut revenir au monde moderne. Fin de la saison 3, c'était la même ambition. C'est l'histoire du serpent qui se mord la queue.

Et pourquoi?

"Pourquoi ?"

A ce qu'il paraît, on ne pose pas les bonnes questions. Ce n'est pas ça l'essentiel, nous disent les scénaristes à travers la bouche de Smokey qui lui même toute sa vie s'est demandé pourquoi.
Pour rien du tout. Ou plutôt parce que même les scénaristes ne savent plus quoi nous raconter. Ne savent plus quoi nous expliquer. A vouloir trop en faire sans jamais eux mêmes revenir sur le show qu'ils présentaient, ils se sont perdus.
Alors, la réalité X ou réalité alternative est là pour sauver la mise. Et en y réfléchissant, il n'y avait pas vraiment d'autres moyens pour se sortir du mauvais rêve qu'était devenu Lost. Il fallait inventer un monde où tout le monde paraît uni et heureux. Sans problèmes particuliers. Ce monde en fait, c'est le monde que découvre Jack après sa mort et sa courte nomination en tant que protecteur de l'île. Parce que oui, il meurt. Mais tout le monde finit par mourir nous dit Christian Shepard, le père de Jack.

"This is the place that you all made together so that you could find one another."
Christian Shepard

En fait, dans Lost, tout le monde meurt à la fin. C'est un peu l'histoire de la vie. Un beau détournement d'attention quand on pense que pendant six ans on nous a (bien) fait comprendre que, comme je l'ai dit précédemment, le personnage central est l'île. N'essayez pas de chercher une réponse à toutes vos questions. Quand les cinq dernières minutes arrivent, on devine qu'il n'y en aura plus. C'est le dernier au revoir aux personnages. Il aura fallu un purgatoire pour tous les réunir, un concert de Driveshaft, un Desmond plus lucide que jamais et un père Shepard en maitre de cérémonie. Les couples sont enfin réunis. Tout le monde est là. Sauf ceux qu'on n'a pas invité au casting du final. Walt en fera partie avec tous les mystères autours de ses nombreux pouvoirs. On pousse la porte, la lumière se fait vers un autre monde.
"Où allons-nous ?" demande Jack à son père.
"Allons donc voir." lui répond-t-il un large sourire aux lèvres.
L'oeil de Jack s'éteint sur l'île alors qu'il voit dans le ciel Kate, Sawyer, Desmond, Richard et Lapidus quittent l'île à tout jamais à bord de l'avion d'Ajira . On ne nous avait pas dit que l'histoire se déroulait du point de vue de Jack...
On a alors le droit de se demander s'il a rêvé le purgatoire ou si celui ci est bien réel.
Et s'il avait rêvé l'aventure Lost?

On a tous grandi avec Lost. On en a peut être trop espéré. On l'a peut être trop rêvé, nous aussi. Et la chute fait mal.




A.B.A

vendredi 14 mai 2010

This is how it ends... Friends.

J'ai l'honneur de vous annoncer l'arrivée d'une nouvelle rubrique où vous pouvez à votre tour vous exprimer. Je vous laisse donc découvrir le concept. Nous commençons avec Friends.





"En 1994 je n'avais que cinq ans. Et, des fois, chez moi, on regardait Friends.

Moi, ces histoires d'adulte ne m'interessaient pas vraiment. Même si, quelques fois, je rêvais secrètement du jour où je serai enfin colocataire de quelqu'un. Ce jour où je serai enfin devenue grande.J'ai connu Friends sur France2, alors que la série se rapprochait déjà de sa fin. A l’époque je regardais un épisode ou deux avant d’aller voguer à mes occupations de collégienne : MSN, les amis, les rumeurs et les amours. Friends, pas vraiment ma génération mais, j’aurais aimé faire partie de la leur. C’était devenu au fil du temps un rendez-vous mondial. La terre entière connaissait nos chers colocataires. Leur vie, leur sentiment, leur tasse de café.


C’est l’année de ma terminale que le dernier épisode a pris fin. Ca a passé aux infos. Y’avait de grands écrans installés à New York pour cette occasion. Et des fans à perte de vues, les larmes aux yeux, un sourire aux coins des lèvres. Et, quand j’y pense, j’en ai encore des frissons. Je regardais tous ces adutes qui avaient la trentaine, mouchoir à la main. Ils avaient tous rendus des clefs et fait leur valise pour une nouvelle vie. Certains allaient se marier, d’autres avaient sûrement eu des enfants vers la fin de la série. Ils avaient un peu grandi avec Rachel, Ross, Chandler, Monica, Phoebe et Joey. Ils avaient tous eu des amis qui leur ressemblaient et savaient qu’il fallait commencer autre chose.L’année d’après, à dix huit ans, je décidais qu’il était grand temps d’emménager seule. En fait, je n’avais pas vraiment le choix. Ma famille habitait trop loin pour pouvoir m’héberger.

Quand j’ai poussé la porte de mon nouveau chez moi, j’avais l’impression d’être Rachel à la conquête de nouveaux amis, de nouveaux voisins. Et, ça n’a pas raté. L’année d’après je rencontrai mon premier colocataire. En même temps que How I met Your Mother. Notre génération avait enfin trouvé sa série phare. Alors, une bière à la main, mon bar préféré en bas de chez moi et des amis en or, j’ai décidé qu’il était grand temps de vivre des aventures folles de colocataires déjantés. Redoutant le jour où tout cela allait se terminer. "

Et vous, que faisiez vous le jour de la fin de Friends?



A.B.A

lundi 29 mars 2010

Cowboy Bebop : Far Space.

Il existe des oeuvres qu'il est assez vain de critiquer car tout le monde est d'accord pour en clamer les mérites. Il en existe d'autres qui changent totalement votre perception d'un format donné. Cowboy Bebop, l'aventure spatiale de Schinichiro Watanabe, fait partie de ces deux catégories.

En 2071, Spike Spiegel et Jet Black, chasseurs de pimes grandes gueules et bras cassés, sillonnent le système solaire à bord de leur vaisseau, le Bebop, à la recherche de criminels. A travers leur périple, qui nous dévoilera le passé caché et hors du commun des personnages, ils feront la connaissance d'un chien "data" nommé Ein, d'une joueuse sur endettée et amnésique, Faye Valentine, et enfin Ed, une jeune hacker survoltée.

Avec un tel scénario, dur de se faire à l'idée qu'on a là un chef d'oeuvre de l'animation japonaise. Et pourtant, dérrière ses airs simplistes se cache un véritable drame mettant en scène des personnages charismatiques qui gagneront en épaisseur tout au long de la série. En effet, la série quittera peu à peu la monotonie de la chasse à la prime pour s'attacher aux personnages et leurs personnalités tourmentées. Ainsi, Spike sera rattrapé par son passé mafieux pendant que Jet se confrontera à d'anciens coéquipier lorsqu'il était dans l'ISSP, la police du système solaire. Quant à Faye, la recherche de ses souvenirs perdus ne se fera pas sans douleur et sans surprise.
En outre, l'une des grandes forces de la série a été de créé un univers cohérent et vivant : que ce soit sur les villes corrompues de Mars ou dans les nombreux vaisseaux, à deux doigts de la panne fatale, les personnages y ont une histoire et ne s'arrêtent pas de vivre lorsque le spectateur n'est pas là. Ainsi, trois vieux vieillards parlent avec nostalgie de leur jeunesse sur Terre, les villes sont remplies de pauvres clochards ou de marchands/arnaqueurs ambulants et les alentours de la villes sont gardés par de gigantesques publicités... Bref un univers qui se révèle être sombre (mais non dénué d'humour), maitrisé et recherché.

L'autre force de Cowboy Bebop, comme son nom l'indique, est le mélange des genres. En plus du travail évident sur le western (principalement italien, comme l'indiquent les plans sur les yeux, relents de Sergio Leone) et sur la science fiction (2001 : A Space Odyssey), la série aborde une multitude d'autres thèmes tels que la mafia, les arts martiaux (Bruce Lee), le trafic de drogue (les cartels mexicains), la culture chinoise (les Chinatown), le film noir (à la Bogart), la blaxploitation, le fantastique, le film d'horreur (Alien) et même... Pierrot le Fou de Jean Luc Godard (qui donne son nom à un épisode) ! Cet amour pour le cinéma se fait d'ailleurs la réalisation très complexe pour une série d'animation : flou, jeu de lumière, tremblement, plan séquence ou montage rythmé, vue subjective, plongé et contreplongée.... Cowboy Bebop fait la part belle à une réalisation cinématographique de haute qualité.

L'image ultra travaillée de la série (personnages et véhicules racés, environnement détaillé, animation réussie) ne serait rien sans une bande sonore du même niveau. Or, l'intelligence de Watannabe a été de s'entourer d'une grande compositrice qui offre là tout simplement la perfection. En effet, à l'image des référence cinématographiques, la bande originale brase tous les genres musicaux : du jazz, genre de prédilection de la série, au hard rock, en passant par la pop, les ballades rock et le blues, Yoko Kanno et son "groupe", The Seatbelts, semblent avoir un don particulier pour n'importe quel style. Et, chose rare, les albums sont si somptueux que vous pouvez vous surprendre en train de les écouter pour la 10ème fois.
Enfin, que ce soit en version originale ou en version française (avec, malgré tout, un petit moment d'adaptation), les doubleurs maitrisent leur sujet et font beaucoup dans la personnalité des personnages.

La série a connu une "suite" au cinéma, très réussie mais souffrant d'un petit manque de rythme, à travers le long métrage Knockin' on Heaven's Door, dont le titre est déjà témoin d'une certaine influence, et aura prochainement une adaptation "live" avec Keanu Reeves dans le rôle de Spike (sic).


En résumé : Cowboy Bebop est un chef d'oeuvre de l'animation japonaise réalisé d'une main de maitre cinéphile par Schinichiro Watanabe, dont la multitude de références donne un ton particulier à cette fresque futuriste et complexe, rythmée par la géniale composition de Yoko Kanno.
****
" See You Space Cowboy. "
*S.M.*

samedi 13 mars 2010

Scrubs : No Superman.

La nouvelle vient de tomber : après 9 ans de loyaux services, les médecins et internes de l'hôpital du Sacré Coeur prennent leur retraite. Pour une fois que l'on s'amusait dans un hôpital...
Il est à noter que n'ayant suivi pour le moment que les huit premières saisons, jusqu'au départ de la grande partie du casting, il m'est impossible de me prononcer sur le nouveau casting, la qualité des épisodes et la véritable fin de la série.

Octobre 2001, après plusieurs années d'études, John "J.D." Dorian, jeune homme naïf, à l'imagination illimitée et qui se parle à lui même (ou aux téléspectateurs ?), franchit les portes du Sacré Coeur, hôpital de banlieue. Accompagné de son meilleur ami et colocataire, Christopher Turk (appelé "Ours brun" par J.D.), il y fera la connaissance d'autres internes, comme Elliot Reid, jolie jeune fille névrosée dont il tombe sous le charme, d'infirmières, telles que Carla Espinosa, et de médecins, le mentor malgré lui Perry Cox (écrasant le Docteur House par ses répliques) et le non moins cynique Bob Kelso. Il comprendra très vite les valeurs et les risques de son métier, tout en restant fidèle à lui même, et s'opposera à sa némésis, le terrifiant et délirant concierge.

Seconde série de Bill Lawrence (Spin City), qui s'était déjà entrainé sur Une Nounou d'Enfer (sic) et la première saison de Friends, Scrubs se base sur une recette bien connue : des scénarios assez simplistes (un malade, un parallèle avec la vie des protagonistes, une morale), des histoires de coeur à différents stades (Elliott/J.D., Turk/Carla, Cox/Jordan), succession de gags... Cependant elle ne ressemble à aucune autre série.

En effet, l'originalité se manifeste d'abord dans l'humour. Ainsi, à travers les rêves éveillés de J.D., royaume d'inventivité, tout un univers d'humour loufoque et cartoonesque s'ouvre au téléspectateur : des personnages se mettant à chanter et danser en pleine conversation, faire des cascades, changer de visage, de voix ou de costumes, ou même discuter avec des célébrités. Les autres personnages (parmi une galerie extrêmement large) ont un humour associé : le cynisme pur et dur pour Cox, Kelso et la nymphomane Jordan, la maladresse pour Ted, l'avocat incompétent, et Doug, interne capable de tuer un patient atteint d'un rhume, le machisme à outrance de Todd, les stéréotypes et les contre stéréotypes de Laverne et Carla, la série abordant même parfois l'humour noir.
Cependant, cet humour est souvent contre balancé par des situations tragiques qu'elles soient dues au milieu hospitalier (il n'est pas rare de voir un épisode centré sur un patient atteint d'une maladie incurable en phase terminale auquel le spectateur s'attache pour enfin le voir mourir) ou à la vie privée des personnages. Sur ce point, l'épisode certainement le plus remarquable et le plus émouvant est peut être Ma Faute à moi, avec la participation spéciale et très juste de Brendan Fraser, acclamé par la critique et par les fans, nominé aux Emmy Awards.
Des épisodes spéciaux brisent quelques fois la monotonie de la série (au moins un épisode par saison). Outre le désormais incontournable épisode musical (depuis l'excellent Que le spectacle commence de Buffy contre les vampires), les scénaristes se sont amusés à écrire des épisodes dans lesquelles le spectateurs suit par exemple un autre personnage et entendent ses pensées, un épisode en huis clos ou encore dans lequel les personnages sont propulsés dans un conte de fées.

Sous l'impulsion de Lawrence et Zach Braff, interprète de J.D., Scrubs est devenu un véritable hommage à la culture pop. Ainsi la musique, très importante pour la série puisque toujours en rapport direct avec la narration, fait appel aux grands noms de la pop tels que U2, Coldplay, Village People, Queen, Keane etc, sans laisser de côté d'autres groupes moins connus du grand public comme The Shins, Polyphonic Spree, Colin Hay (devenu ami et guest star de la série), Cary Brothers (amis de Braff)... C'est d'ailleurs ce point qui a valu un retard considérable de sortie des DVDs en France, les groupes étant distribués par différentes majors.
Les personnages font aussi de nombreuses références au cinéma ou la télévision et de nombreuses guest stars ont foulé le sol de l'hôpital, à l'instar de Matthew Perry, Heather Locklear, Michael J. Fox, Colin Farrell. Pour certaines célébrités, c'est l'occasion de faire un caméo (petite apparition) comme Billy Dee "Lando Calrissian" Williams, le joueur de basket-ball Kareem Abdul-Jabbar ou encore le groupe de hip-hop Sugarhill Gang.

D'un point de vue technique, et contrairement à de nombreuses sitcoms, la série n'est pas filmée en public ou avec des rires enregistrés (à l'exception d'un seul épisode, source de nombreux gags). Cette décision a permis aux différents réalisateurs (dont Zach Braff, interprète de J.D. et futur réalisateur de Garden State) de faire de nombreuses recherches formelles (split screen, glissement d'un cadre à l'autre, plans séquences, lumières particulières jeux, sur la musique diégétique/extra diégétique et sur le son) ce qui donne un cachet particulier aux épisodes, une certaine originalité.
Enfin, comme le montrent les multiples nominations aux Emmy Awards et aux Golden Globes, les acteurs ne sont pas en reste. En effet, leur interprétation de cette bande de médecins fous et touchants a fait découvrir au grand public des acteurs talentueux et charismatiques, Braff et John "Cox" McGinley en tête, évoluant au fil des saisons (notamment Neil Flynn dans son rôle du concierge, improvisant la plupart de ses répliques) ; une véritable alchimie et une complicité très forte se ressentent à l'écran. A noter que la version française est brillamment dirigée, surpassant même sur de nombreux points (le doublage qui enfonce le clou du côté enfantin de J.D.) la version originale.

En résumé : Série humoristique dotée d'une grande originalité, Scrubs met en scène une galerie extrêmement large de personnages dans un univers loufoque et cartoonesque, tout en étant capable de réaliser des moments magnifiquement émouvants, et rythmée par une bande originale de grande qualité.
****
"Barbie, why did you order this test?
For the love of God, are you a real doctor or a doctor like Doctor Pepper is a doctor?"
*S.M.*

dimanche 7 mars 2010

Maktoub, une série Tunisienne.


N'en déplaise à certains râleurs qui voient dans Maktoub une invitation à la débauche dans un pays musulman, cette série a bel et bien révolutionné le visage audiovisuel Tunisien. Et ce n'est certainement pas au reste du monde arabe de juger cette ambitieuse production annuelle.
En effet, tous les Tunisiens savent depuis leur naissance que le mois de Ramadan est marqué chaque année par LA série du mois sacré. A déguster sans modération, à l'heure du thé, avec les baklawa, les oreilles de kadhi et toutes autres bonnes sucreries néfastes pour la santé.


Seulement voilà, depuis 2008, les séries ne parlent plus du petit monde agricole Tunisien, de la colonisation ou du gentil paysan du Sud qui essaye de percer dans le Nord, mais, se concentre sur la bourgeoisie Tunisienne occidentalisée : son luxe, sa drogue et ses dérives. Et c'est donc naturellement que l'histoire prend place dans la banlieue nord de Tunis, c'est à dire Gammarth, La Marsa et Carthage. Et, Sami Fehri, producteur et metteur en scène du feuilleton, n'aurait pas choisi mieux. En effet, même si il s'agit de caricatures poussées au plus haut point (ou pas), on reconnait bien là le monde riche et son arrogance. Aussi, dès les premières images, un jeune homme, étudiant à l'HEC de Carthage, menace un enfant car celui-ci a daigné toucher à son magnifique 4x4. Un autre attend un enfant hors mariage d'une femme Franco-Tunisienne dont il ne veut plus car monsieur est un Don Juan dans l'âme : il aime les grosses boites de nuit, le fric et, bien sûr, les très belles femmes. Et c'est évidemment tout à fait normal pour lui de faire l'aller retour Tunis-Paris pour une soirée.
Maktoub ou dans sa traduction littérale : "C'est écrit" s'impose donc comme un ovni dès son premier jour de diffusion. La polémique est lancée et ne s'arrêtera pas. Il y a les "pour" et les "contre".
Au fil des jours, nous pouvons découvrir des personnages rongés par l'angoisse, ayant des problèmes sociaux et familiaux au sein d'une société qu'ils n'arrivent pas toujours à comprendre. Une mère ne veut pas que son fils se marie avec une noire (surtout pas une noire).
Un dealer qu'on découvre au grand coeur profite de la faiblesse d'un petit étudiant issu d'une famille moyenne, excédé par la richesse de ses amis, afin de l'embaucher et distribuer sa drogue.
"Comment des sujets comme la drogue ou le sexe peuvent avoir leur place en prime time en plein mois de Ramadan ?" demanderont les "contre" ou les "anti" comme ils aiment s'appeler sur Facebook.


Pourtant, Sami Fehri ainsi que les dialoguistes-créateurs, Tahar Fazaâ et Tahar Ben Ghédifa, au delà de l'aspect "bobo" Amour, Gloire et Beauté de la série, dépeignant bien là, la nouvelle génération Tunisienne perdue entre tradition et occident. Ils réussissent le pari (qui aurait pu sembler risqué), de dénouer les langues et d'appuyer l'accent sur des croyances et un certain racisme dépassés.
Une saison plus tard, fort de son succès, on parlera sans tabou de vasectomie et de relation sexuelle.
En effet, en 2009, le monde paysan n'est plus au goût du jour sur les chaînes Tunisienne. Tandis que les "anti" se réfugieront dans la série algérienne du moment et que Al Jazeera s'excitera encore plus sur le cas "Tunisie", on a pu découvrir sur la chaîne privée Hannibal la série "Njoum Ellil" (Les Etoiles de la Nuit) qui met en scène la confrontation de deux mondes : un quartier très huppé et un quartier ayant gardé des valeurs traditionnelles. Toujours sur la même chaîne, on tentera même de mettre au gout du jour les parodies : "Prison Brika" se moque très gentiment de Prison Break et de son monde carcéral masculin : ici, les femmes font la loi.


Maktoub est donc facteur et témoin de l'évolution des mentalités en Tunisie qui, espérons-le, confrontée à l'arrivée des satellites et chaînes du moyen orient fortement intégristes et faisant quasiment du lavage de cerveau, ne reculera pas. C'était écrit, Maktoub a ouvert les portes des tabous en Tunisie. Le théâtre suivra : Hobb Story (Sex in the (Arab) City) mis en scène par Lotfi Achour connaîtra un succès tel qu'il terminera sa tournée, invité à Paris.

A.B.A

mardi 16 février 2010

Dossier : Des séries françaises - Conclusion

Face à l'acharnement de certains scénaristes et réalisateurs à poursuivre dans la médiocrité, il existe tout de même quelques courageux pour s'y opposer et tenter de nous offrir une certaine nouveauté et de la qualité. En effet, ne tombons pas dans le stéréotype du français jamais content et qui pense que l'herbe est toujours plus verte ailleurs. Il existe en France de nombreuses bonnes séries (certaines surement oubliées) mais trop peu mises en avant, à de rares exceptions près, comme cela semble être le cas pour les autres pays d'Europe à l'instar du Royaume Uni qui nous a offert un très beau remake de son classique Doctor Who et le diptyque Life on Mars/Ashes to Ashes et contrairement à l'Allemagne et l'Espagne d'où semble seulement nous parvenir des mélodrames (Le Destin de Lisa, Un, dos, tres).

*S.M.*

Dossier : Des séries françaises - Partie III

III - Imagine nation.

Nous sommes en 1999 après Jésus-Christ ; toutes les télévisions françaises sont occupées par des séries pitoyables... Toutes ? Non ! Car sur France 2, une série, adaptation française d'une série québécoise, va (enfin) pousser les chaînes à faire preuve d'un minimum d'imagination. Son nom : Un gars, une fille.


A) La "Shortcom".

Dés sa sortie, cette série à format court retraçant la vie d'un couple simple et ordinaire va exploser et être suivie quotidiennement par environ 5 millions de personnes. La recette est simple : des tranches de vie auxquelles tout le monde peut d'identifier, de bons acteurs (irrésistibles Dujardin et Lamy), une forte alchimie et un humour très bien calibrée.
Contrairement à H, la (très bonne) série humoristique au trio de stars (Debbouze/Eric/Ramzy) sortie l'année précédente, mais qui eut peu de répercussions, Un gars, une fille bouleversera le paysage télévisuel français en lançant la mode des "mini fictions" passant du bon (Caméra Café) au désastreux (Samantha, Oups !). Même Alain Chabat s'y lancera avec la production de la (très courte) série de Pierre-Alain Bloch, Avez-vous déjà vu..? .

Suivant ce principe, Alexandre Astier lance sa série comiquo-historique intitulée Kaamelott qui aura elle aussi un franc succès (près de 5 millions de téléspectateurs quotidiens, 5,6 pour sa quatrième saison). Mais Astier a une plus grande ambition pour sa série que 3 minutes 30 par épisodes. Ainsi, tout au long de ses six saisons, la série ne cessera d'évoluer pour devenir non seulement l'une des séries les plus drôles de France mais en plus une véritable fresque mêlant passion, loyauté, trahison et bras cassés. En effet, la série, pour trouver son rythme et sa forme parfaite, se doit selon Astier de changer de format (les épisodes passeront en 7 minutes puis prime time de 40 minutes, à l'américaine) mais aussi d'ambiance, devenant peu à peu une véritable comédie dramatique, la réalisation et l'interprétation se perfectionnant au fil des saisons ; il n'est donc pas rare de sentir son coeur se serrer, trépigner d'impatience et rire à larmes en moins de cinq minutes. La suite se déroulera au cinéma, pour (peut être) une trilogie de long métrages si les (nombreux) fans suivent.

De nos jours, quelques séries tentent de persévérer dans le domaine de la shortcom. Ainsi, M6 a réussit son pari en sortant la version moderne et tout âge (plusieurs générations cohabitent dans la série) d'Un gars, une fille avec la très bonne Scènes de ménages en exploitant, en outre, l'effet de famille, puisque l'une des actrices principales est la soeur cadette d'Alexandra Lamy. Cependant, tout les "remakes ne sont pas bon à prendre, car la diffusion de Caméra Café 2, annoncé comme le blockbuster de l'humour depuis un petit moment déjà, a réalisé une audience pitoyable et méritée, obligeant M6 à se réfugier dans la rediffusion de UG,UF...

Notons aussi, pour finir, le cas Nolife, une chaîne qui, comme son nom l'indique, sent bon la déconne, le jeu vidéo et la vieille pizza. A l'origine basée sur le même principe que sa concurrente Game One, en plus fun (les délirants et désormais célèbres Davy Mourier et Monsieur Poulpe - cela ne s'invente pas), elle ne semblait pas se destiner à être le foyer de plusieurs séries des plus inventives et fraîches.
Depuis 2007, l'unique et particulière NerdZ, créée, réalisée et interprétée par Mourier, Poulpe et Didier Richard, met ainsi en scène DarkAngel64 ("Dark" pour les intimes), un nolife de 24 ans qui, pour vivre, sous loue son appartement à Caroline, étudiante en fac de psycho, et Jérôme, maquettiste pour un magazine d'art contemporain, tandis que son ami Régis-Robert, un attardé mental, squatte chez lui...
Fort du succès de sa première série, la chaine lance alors en 2008 deux nouvelles séries, toute aussi originale que drôle : Flander's Company et Noob.
La première met en scène les employés et le PDG d'une boîte où viennent se présenter tous les super vilains les plus mauvais de l'univers afin de devenir génies du mal. La seconde se déroule dans le monde virtuel d'Horizon 1.0, un MMORPG (jeu de rôle en ligne dont l'exemple le plus connu est World of Warcraft), où Gaea se voit obliger, vu son bas niveau, à faire équipe avec plusieurs bras cassés de la guilde Noob si elle veut profiter des divers donjons.
Toutes ces séries, à défaut d'être universellement accessibles (les private jokes, les références aux jeux vidéos, l'humour douteux mais revendiqué, les acteurs délibérément amateurs), a le mérite de vouloir faire du neuf, d'être en phase avec leur public et de montrer que l'originalité se doit de supplanter la routine.


B) Le renouveau du format long ?

La série a format long a elle aussi bien évoluée. Ainsi, même si le thème n'a rien de révolutionnaire (la comparaison entre deux familles et leur éducation), la série de Anne Giaferi et Thierry Bizot, Fais pas ci, fais pas ça, propose toute une galerie de personnages plus hilarants les uns que les autres, avec, en tête, les excellents Valérie Bonneton et l'ex Nous c'est nous (et donc ami de Dujardin), Bruno Salomone. Abandonnant un concept intéressant (la fausse télé réalité) mais qui au final s'avérait pesant, la série est revenu à une narration plus simple et plus fluide (sans les intermèdes qui l'alourdissaient, par exemple) avec un format de 52 minutes, idéal pour un prime sur France 2 (surtout depuis la suppression de la publicité).

Toujours dans l'humour, après les déboires de la mitigée Off Prime, Simon Astier dévoile en 2008 Hero Corp, s'impose déjà, à la fin de sa deuxième saison, comme une grande série. En effet, le demi-frère du Roi Arthur (à qui il se permet de voler quelques fans) interprète John, un jeune homme qui se rend dans un village de la Lozère pour les funérailles de sa tante. En réalité, il s'agit d'une machination car, selon certaines visions, il est l'élu capable de mener d'anciens super héros vieillissant et aux pouvoirs pourrissant à la victoire contre les forces de The Lord.
Autour de cette idée géniale, Astier construit un véritable univers peuplé de héros incroyablement mauvais et délirants (Captain Shampoing, capable de projeter du shampoing avec les mains, Mental, capable de vous obliger à faire tout ce qu'il veut mais seulement si vous le décidez, etc.), de loups garous et autres vampires monstrueusement drôles. De plus, on peut dénicher dans le scénario, au delà de la simple comédie, une réflexion sur le couple, l'héroïsme, la trahison et la foi (si, si). Et même si les acteurs ne sont pas tous exemplaires (pas de balance ici), la réalisation (superbe pour une première oeuvre), la construction dramatique (des cliffhanger et des révélations surprenants pour une série française, à l'image de Lost), les guest stars de choix (le clan Astier, Bénureau, Lambert, Courtemanche...) et les divers hommages (Heroes, les comics, les films de séries B, la culture francophone assumée et sublimée, et même Kaamelott) parviennent vite à faire oublier ce léger détail.

Dans un tout autre domaine, Canal + semble s'être fait le porte parole de la fiction intelligente, adulte et sombre avec, dernièrement, Pigalle, la nuit de Hadmar et Herpoux (que je n'ai pas vu mais qui s'annonce prometteur, et, du moins, originale) et surtout Braquo menée d'une main de maître par Olivier Marchal (le revoilà lui ?!), un The Shield-like ambiance 36 Quai des Orfèvres, sinon réaliste, du moins couillu, anti manichéen et aux qualités indéniables (acteurs, réalisation, scénarios), faisant oublier l'ambiance croissant-saucisson de la P.J. .

*S.M.*

Dossier : Des séries françaises - Partie II


II - Reuhmaque.

Que faire lorsque l'on a pas d'inspiration mais que l'on veut surfer sur la vague de qualité qui secoue les Etats Unis ?
TF1 a trouvé ; la solution : le remake.
Ainsi la chaîne, reconnue pour la qualité de ses programmes (Lagaff', Nikos, Castaldi & Co.), nous a offert quelques bijoux de médiocrité.

C'est en 2006 qu'elle lance Section de recherches, qui tente de renouveler la série policière à grand coup d'enlèvements d'enfants, de disparitions, de crimes crapuleux ou sexuels qu'une unité de Gendarmerie Nationale est chargée d'empêcher. Tout cela n'est pas sans rappeler Les Experts, succès énormes aux Etats Unis (23 millions de téléspectateur seulement).
En 2007, fort du succès de Section, TF1 lance Paris enquêtes criminelles avec Vincent Perez (New York section criminelle) et L'Hôpital (Grey's Anatomy) toujours sur le même schéma : plagiat, acteurs moyens pour ne pas dire mauvais, pâle copie bien française. Contrairement à Section, Paris est sur la sellette et Hôpital, aux audiences catastrophiques, a été annulée après les six épisodes de sa première saison.

Dernièrement, France 2 a lancé Le Chasseur au scénario original mais avouant complètement ses similitudes avec Dexter (famille ne connaissant pas la double vie de tueur du père, l'atmosphère, le thème musical). Sans être à la hauteur de sa cousine d'Amérique, la série a (avait ?) un certain potentiel (acteurs et réalisation passables, scénario assez bien ficelé). Cependant, les spectateurs l'ont boudée à sa diffusion, lui préférant The Mentalist.
Voilà un autre problème : la diffusion. Nous avons d'un côté, une série entouré d'un certain buzz (Mentalist) et de l'autre une série française dont on a pu voir une ou deux pubs sur la chaîne. Rajoutons à cela un effet d'incompréhension en face d'une telle série (le téléspectateur n'a pas été préparé), assez inhabituelle dans notre sphère télévisuelle nationale, et une diffusion à grande vitesse (6 épisodes en deux soirées) pour cause d'incompatibilité avec le public, avant toute diffusion... A qui bon l'acheter alors ? Pourquoi en prime time ? Comment garder le spectateur ?
Une telle publicité et diffusion ne peuvent engendrer qu'une série morte née...

Ah au fait Jean-Luc est mort et Eva se marrie avec son demi-frère.
*S.M.*

Dossier : Des séries françaises - Partie I

I - C'est dans les vieux pots...

Le spectateur français à la fâcheuse tendance d'aimer les vieux. Ainsi, il ne veut pas qu'on réforme les retraites et est le seul pays au monde à fêter les grand mères (!). Et cela se remarque aussi en regardant son programme TV.
Combien d'entre nous n'ont pas vu au moins une fois une rediffusion de Maigret, du Commissaire Moulin ou de l'Instit ?
Bon, nos lecteurs les plus jeunes rechigneront peut être et nous expliqueront qu'il n'a guère entendu de plus de Navarro que des paroles décousues de sa grand mère. Une légende urbaine, peut être ? Un Indien ? Un guitariste ? (hi hi hi)

Cependant, cela ne change pas beaucoup à l'affaire car la nouvelle vague qui est apparue par la suite (parce que quand l'acteur principale marche que difficilement sans déambulateur, on peut plus faire grand chose) a toujours été bâtie sur le même schéma narratif que leurs ainés, chose qui a toujours cours aujourd'hui. Donc, si vous voulez créer une série bien franchouillarde comme on a le secret en France (les Américains nous supplient mais on tient bon !), prenez note, je vais pas le répéter deux fois (vous aussi au fond !).
Vous avez à ce niveau deux possibilités :


A) La série policière

Alors là, vous oubliez tout de suite Les Experts et autres NCIS, on déconne pas nous. A la poubelle, les lunettes de soleil à la Horatio Caine, ici ce sont de véritables lunettes, avec, si possible, monture en écaille. Et que cela ne soit pas un élément scénaristique à la Heroes, n'est-ce-pas ? Juste des lunettes.

Bon alors, vous trouvez un acteur sachant plus ou moins jouer (commencez pas, j'ai pas dit "bien jouer", d'accord ?) incarnant un commissaire irréprochable. Ensuite vous nous mettez quelques femmes dures de caractères (elles peuvent être aussi la commissaire, voir Julie Lescaut, c'est classe, ça fait jeune), un coéquipier assez proche (pas d'histoire de sexe ici, du moins pour le moment), des sous fifres plus ou moins doués, plus ou moins drôles (réservez un personnage au moins consacré entièrement à ce rôle, avec une belle tête de looser, si possible) et, si vous vous sentez prêt, un personnage un peu marginal, un loup solitaire (ça excitera les ménagères). Ajoutez un personnage issu des minorités, cela vous aidera pour plus tard.
Les enquêtes doivent toujours être résolues dans le même épisode, maximum dans deux, on va pas commencer à se prendre la tête avec des histoires sur plusieurs épisodes, on est pas dans Lost. Blessez un personnage disons tous les cinq épisodes, mais ne le tuez jamais (sauf si l'acteur veut partir ou s'il demande un salaire trop élevé), ça donnera un peu de tension. Dans le cas où vous avez du tuer un personnage, ne paniquez pas, faites cinq minutes de deuil et passez à autre chose, un nouveau personnage par exemple. Les enquêtes ne doivent jamais être "glauques", oubliez donc les séries de Dick Wolf (aucun jeu de mot) ou The Shield. L'extrême limite ayant déjà été atteinte par La Crim', c'est dire. Essayez aussi d'éviter les coups de feu un maximum (faut pas qu'un plus de 70 ans nous claque dans les doigts). Inventez des histoires de tags ou de vols, surtout avec des jeunes. Évitez un maximum les histoires de minorité, sinon donnez un rôle conséquent au votre.
Pour la musique on s'en fout, du moment que ça reste (genre l'intro de P.J. et son p'tit accordéon).

N.B. : soyez un peu original, votre commissaire pourra donc faire partie de la "brigade spéciale des trains et frontières" (Quai numéro un, avec, quand même, Olivier Marchal, comme quoi ils tournent pas tous bien), faire équipe avec un membre de la justice (Femmes de loi), etc. On a même vu des grosses blagues marcher (Bernard Tapie dans le rôle du Commissaire Valence, faut oser), alors lâchez vous !


B) La série familiale

Les êtres extrêmement sensibles, voire trop, sont les bienvenus dans cette section. N'hésitez pas à faire péter les mouchoirs, on s'occupera de la pub pour Kleenex.
Il vous faut trouver un personnage d'une bonté absolue, tellement bon que Mère Térésa aurait eu honte. Vous avez un large choix, le médecin étant très prisé (Docteur Sylvestre, Fabien Cosma), mais il y a aussi l'instit, le brocanteur (Louis la Brocante) ou même l'ange (Joséphine, ange gardien), si vous voulez. Il faut toujours un acteur mauvais (facultatif mais de toute façons, vous aurez rarement le choix) qui incarne une victime à deux doigts du malheur, de la faillite ou du suicide ou une bonne âme à racheter (un gosse qui vole pour subvenir au besoin de sa famille par exemple). Si vous n'avez plus d'imagination, plongez vous dans La Petite Maison dans la Prairie.

Vous pouvez aussi créer toute une communauté, à laquelle les pires mésaventures imaginables mais la solidarité et l'amour seront toujours plus fort que tout : Sous le soleil, Une famille formidable, Plus belle la vie... Tout un programme. C'est ici une bonne occasion pour parler des titres, les créateurs de PBLV ayant hésité à choisir Cinquante glands à Marseille... Attention à la faute de goût ! Toujours, toujours choisir un titre qui évoque la joie, le soleil et ne rappelant jamais le téléspectateur. Si manque d'inspiration, retour à La Petite Maison.
Plus belle la vie est en outre un magnifique exemple. En effet, mélangeant un peu tous les stéréotypes de la série familiale et de la série policière française, il est de bon ton de l'appeler "chef d'oeuvre de la télévision française" (à louer le fait qu'elle est la seule à entretenir un suspense de fin d'épisode du même niveau que Lost et Prison Break réunies). Le niveau est très élevé.
Enfin, n'hésitez pas à montrer votre soutien aux communautés, que vous êtes tolérants et à cracher au visage de ces sales racistes, même si parfois cela frise le ridicule, le geste n'en sera que plus beau, à l'instar du refrain du générique de PBLV :

On est vraiment rien sans elle

Qu’on soit noir ou blanc

Si on tend la main pour elle

La vie est plus belle.

A lire deux fois pour bien saisir l'énormité. Quelques pistes : Qui est le "elle" en question ? Que cela engendre-t-il ? Comment va réagir Jean Luc ? Va t il épouser Eva ou fuir avec ses 135 millions d'euros ?

A suivre...

Pour cette première partie, l'auteur tient à remercier :
* sa mère et sa grand mère pour lui avoir fait découvrir la beauté d'une série télévisée française et les méandres de son scénario.
* Monsieur Joël Ganault, philosophe professeur et sérivore, pour nous avoir ô combien éclairé sur ce générique. Ma vie ne sera plus jamais la même. Je vous aime.
*S.M.*