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vendredi 30 juillet 2010

Zombieland : No man's land.

C'est la fin du monde : depuis quelques temps, les zombies attaquent tout ce qui vit et les quelques rares survivants cherchent un endroit relativement sûr. C'est dans ce contexte que Columbus, jeune geek puceau et peureux à la liste de règles bien claire, et Tallahasse, machine de guerre déchainée à la recherche des derniers Twinkies au monde, vont se rencontrer et s'allier, par dépit, afin de rejoindre la côte Est.

Depuis The Night of the Living Dead du roi des zombies, George A. Romero, en 1968, de nombreux films de genres sont sortis sur le même principe : une poignée de miraculés versus le reste de l'humanité transformée en cadavres ambulant mangeurs de chaire humaine. A partir de ce schéma, libre aux auteurs de broder afin de créer des scénarios plus ou moins bons, plus ou moins inventifs à l'instar de Romero, dont les films étaient toujours au bord de la critique politique.

Zombieland ne fait pas exception à la règle : un scénario plus que basique (un groupe de survivants lancé dans un road trip à la recherche d'un refuge, plus une amourette, plus un désir de vengeance), des personnages stéréotypés (le geek, la machine de guerre, la bombe qui en joue et la gamine précoce), des rencontres inopportunes et épanouissantes, des décors magnifiques et vides (l'avion sur l'autoroute, le parc désert) et surtout du gore, du gore et encore du gore (splash la tête). Seulement, le premier long métrage de Ruben Fleisher crée véritablement la surprise, principalement grâce à quelques morceaux de bravoure dans sa réalisation (cf. le générique, monumental) mais surtout par son humour.
Là où la force humoristique d'un Shaun of the Dead trouvait sa source dans le détournement des codes du genre tout en les respectant, Zombieland lui crée plutôt un nouveau langage associé au film de zombies, en particulier à travers le guide de survie du personnage principal, probablement l'idée la plus originale. En effet, bercé par les films pop corn, les jeux vidéos et les comics (le style d'affichage, lieu d'une certaine recherche scénique, en est l'énorme référence, comme l'avait fait la série Heroes), le héros (à l'image d'une grande partie du public visé) se crée toute une liste de préceptes cyniques à respecter pour se maintenir en vie dans ce monde cauchemardesque : avoir un bon cardio afin de tenir la distance contre les zombies sprinters, être sûr de tirer dans la tête pour éviter une fâcheuse surprise, ne pas jouer au héros, etc. Autant de réflexions que celui qui a vu un film d'horreur dans sa vie s'est faites ("Non, ne vous séparez pas !") et qui donneront lieu à de nombreux gags sanglants. Bien sûr, la liste se trouvera étoffée et modifiée au grès des évènements et des rencontres, symbole à la finesse d'un mort vivant de la psychologie des personnages en perpétuelle évolution. Mais soit, ceux ci sont assez délirants et dotés de répliques mémorables pour nous être charismatiques et sympathiques.

Et dans le genre, Woody Harrelson tient la vedette haut la main, son show ne sera interrompu que par le caméo surprise d'un acteur à la popularité monumentale (et dont nous tairons le nom afin d'éviter le spoiler). Cette incursion démente et brillante est probablement le guest starring le plus drôle qu'il nous est été donné de voir dans un film, sa sortie, un moment d'anthologie hilarante. A l'instar de cette visite, le film vise aussi un autre public "geek", celui des cinéphiles : qu'elles soit propre au genre (Romero,Snyder ou Boyle) ou au cinéma plus "classique" (All About Eve, For a Few Dollars More ou encore Delivrance), les références se bousculent souvent avec une certaine finesse et humour, inscrivant le film dans une culture populaire et contemporaine.
En résumé : Film de zombies au schéma classique, Zombieland fait pourtant preuve d'originalité par son humour cynique et sanglant, servis par des personnages charismatiques, bien que stéréotypés, et ses références fines et recherchées.
**
"You see? You just can't trust anyone. The first girl I let into my life and she tries to eat me." 
Columbus (Jesse Eisenberg)
*S.M.*

dimanche 11 juillet 2010

Les plus courtes #4 : Vincent.

On reprend ce dimanche le rendez vous des Plus Courtes avec le premier film du très populaire Tim Burton : Vincent.



1982, Tim Burton se voit allouer un budget de 60 000$ pour réaliser un court métrage d'animation de 6 minutes au sein de la Walt Disney Compagnie. Il imagine alors l'histoire d'un enfant de sept ans, Vincent Malloy (Dupont en VF, sic), passionné, tout comme son créateur, par l'univers gothique de l'écrivain Edgar Allan Poe et par l'acteur emblématique Vincent Price.

Probablement l'un des meilleurs films du réalisateur, Vincent est peut être aussi ce qui se rapproche le mieux de l'image que l'on peut se faire du cinéma burtonnien, ce qui semble étrange à la vue de sa genèse. Noir et blanc, univers sombre, narration sous la forme d'un poème, on ne peut pas dire que la firme aux grandes oreilles nous ait habitué à ce style. Et pourtant la Walt Disney Co. a donc donné carte blanche à ce jeune prometteur qui n'avait alors travaillé que sur le concept de Taram et le chaudron magique !
Libéré de toutes contraintes, Burton trouve son style dont certaines griffes deviendront récurrentes dans une partie de sa carrière : créatures monstrueuses et créatives, architectures impossibles, jeux de lumières exagérés, détournement des codes... Comment ne pas penser à Beetlejuice ou au Nightmare Before Christmas d'Henry Selick, dont il a signé le scénario ? Vincent est en effet marqué par toutes les influences du jeune homme (le cinéma de Roger Corman, l'expressionnisme allemand) si bien qu'il semblerait que le court ne soit non pas fictif mais véritablement autobiographique. Même la physionomie du héros trouve des similitudes avec le cinéaste. On imagine alors quelle fut la joie qu'il éprouva lorsque Monsieur Price lui même accepta de conter sa création (il incarnera aussi le créateur d'Edward dans Edward aux mains d'argent)...

Malgré cette créativité folle et la confiance accordée, Disney prendra peur de la noirceur se dégageant du film et refusera de le distribuer. Cependant, les cadres reconnaitront le talent de l'auteur, à l'instar des jury des festival de Chicago et d'Annecy, et accepteront de diffuser son prochain court métrage "live" Frankenweenie avec Shelley Duvall.

*S.M.*

mercredi 26 mai 2010

Lost : Il était une fois, sur une île (presque) déserte.

[Attention spoiler]



On a tous grandi avec Lost. Que ce soit à travers les conversations de nos amis ou le petit écran. Ça a donné envie à certains de se lancer dans le monde des séries et à d'autres de découvrir toutes les mythologies du monde. Ça nous a inspiré des aventures sans fin et ça a fini même par s'incruster dans nos rêves.
Elle était belle l'époque où le samedi soir on préférait regarder Lost sur TF1 au lieu de sortir avec les amis. Et il y a ceux qui ne pouvaient pas attendre alors ils se procuraient la version américaine. Les poils se hérissaient et les yeux savouraient :

"Previously on Lost"

On avait tous un petit air de chanson qui trainait au coin de notre tête : You All Everybody des Driveshaft et on était tenté de jouer les chiffres "maudits" au loto du coin. On allait sur le site de Oceanic Airlines pour trouver déjà des réponses à nos questions et on ne ratait pas un seul web épisode.
Pendant ce temps là, diffusée dans 120 pays du monde, la fièvre Lost gagnait la terre entière et les critiques étaient unanimes : Lost allait révolutionner le monde des séries.

En 2004, le vol 815 d'Oceanic Airlines se crash sur une île déserte. Presque 50 rescapés doivent apprendre à vivre au quotidien dans cet environnement hostile et assez étrange où une fumée noire semble anéantir les rescapés. Un ours polaire apparait et bientôt d'autres habitants de l'île veulent mener des expériences sur les survivants. Et si les secours n'arrivaient jamais?

D'épisodes en épisodes, l'histoire devient de plus en plus intrigante frôlant la science fiction et le fantastique. Les interviews se multiplient pour l'équipe de tournage et les recherches s'intensifient du côté des fans.

J.J Abrams, connu au cinéma pour Mission Impossible et producteur de Cloverfield, affirme certainement avec Lost (après Alias) sa place au sein du monde du visuel. Accompagné dans l'écriture par Jeffrey Lieber et plus tard par Damon Lindelof, il abandonnera pourtant trop tôt l'aventure. Les scénaristes semblent eux mêmes devenir des "losties" sans leur mentor et quelques saisons plus tard, on perd vite les pédales. Et pourtant, en bons fans, on espère.

"Avez vous la moindre idée de là où je vous amène ?"

L'espoir c'est aussi ce qui fait vivre les personnages sur l'île. Car on ne tarde pas à comprendre que c'est bien elle le personnage principal. Elle qui commande qui doit venir et qui doit mourir. Elle encore qui abrite cette source. La source de la vie et de la mort qu'il faut protéger.
Alors, reprenons. "Previoulsy on Lost" :

Lost, c'est l'histoire d'une île qui abrite un petit meurtre en famille. Deux enfants échouent sur l'île avec leur mère. Cette dernière est tuée par une femme qui les adopte. Plus tard, elle leur dira qu'elle est la gardienne de l'île et qu'il faudra bientôt un successeur. Jacob et son frère grandissent. Le premier ne se pose pas beaucoup de question tandis que le deuxième veut quitter l'île, voir ce qu'il y a derrière. A cause de son ambition, sa mère, un peu folle qui considère l'homme comme le mal absolu, finira par le laisser pour mort. Il la tuera par la suite et Jacob découvrant le cadavre de sa mère adoptive, tuera son frère en le jetant dans la source. Son esprit de vengeance, aidé par la source, le transformera en ce que les "losties" appellent "le monstre" ou "la fumée noire" (Smokey).
En 2004, Jacob, se faisant vieux dans sa lutte contre la fumée cherche donc un successeur. Les candidats du crash de l'Oceanic Airlines sont arrivés à temps. Smokey joue avec ces derniers, cherchant lui-même un candidat pour satisfaire son ambition de jadis : quitter l'île.

Et il faudra un épisode aux scénaristes (seulement un seul le 616, What they die for) pour nous raconter tout ça. Quant aux autres questions, celles que tout le monde s'est posé pendant toutes ces années, celles là même qui alimentaient toutes les rumeurs, qui nous faisaient rêver, voyager et frémir ne trouveront malheureusement et pour jamais, aucune réponse.




" “Lost” ended tonight, and with it the hopes and dreams of millions of people who thought it might finally get good again. "
Max Read dans Gawker.

Ce qu'il faudra retenir de Lost, nous dira-t-on, c'est cette relation humaine entre les personnages. Il n'y a pas de bons comme il n'y a pas de méchants. Tous êtres humains, oui oui, même Smokey. Lost aura réussi à aller au delà des clichés : Sayid n'est pas l'arabe qui a fait exploser l'avion, Sun n'est pas la femme asiatique soumise à son mari Jin, Kate n'a pas tué son beau père pour le plaisir du crime, Hurley n'est pas un homme riche et comblé, Locke n'est pas l'homme courageux qu'il voudrait tant nous faire croire, Jack n'est pas si heureux que ça en sauvant des vies, Sawyer n'est pas qu'un bad boy aux répliques foudroyantes, Ben n'est pas l'ennemi, Richard n'est pas celui qui sait tout, Jacob n'est pas tout blanc et Smokey n'est pas tout noir.
Une fois la morale passée et comprise, il reste les mystères. Parce que si c'est pour discuter du bien et du mal, autant regarder Star Wars une énième fois, Hurley en a si bien fait la publicité.
Et en parlant de publicité, il y'en a eu quarante cinq minutes pour le dernier épisode de Lost à 900 000 dollars les trente secondes. Autant nous dire tout de suite que Lost était devenu affaire d'argent pour ABC avec quelques douze millions de spectateurs aux Etats Unis.
"Lost a pris fin ce soir emportant les espoirs et les rêves de millions de personnes qui voulaient croire que ça pouvait encore donner quelque chose de bon."
Parce qu'en fait, Lost, de notre côté, ça faisait longtemps qu'on espérait plus vraiment. En parcourant les forums et en parlant avec nos amis, nous nous en rendions peu à peu compte. La saison 4 battait déjà de l'aile quand après tant d'effort pour en sortir, "ils" ont tous décidé de retourner sur l'île. Il faut sauver ceux qui y sont restés la dernière fois, nous dit-on.
Quelques flopée de morts plus tard, tout le monde veut revenir au monde moderne. Fin de la saison 3, c'était la même ambition. C'est l'histoire du serpent qui se mord la queue.

Et pourquoi?

"Pourquoi ?"

A ce qu'il paraît, on ne pose pas les bonnes questions. Ce n'est pas ça l'essentiel, nous disent les scénaristes à travers la bouche de Smokey qui lui même toute sa vie s'est demandé pourquoi.
Pour rien du tout. Ou plutôt parce que même les scénaristes ne savent plus quoi nous raconter. Ne savent plus quoi nous expliquer. A vouloir trop en faire sans jamais eux mêmes revenir sur le show qu'ils présentaient, ils se sont perdus.
Alors, la réalité X ou réalité alternative est là pour sauver la mise. Et en y réfléchissant, il n'y avait pas vraiment d'autres moyens pour se sortir du mauvais rêve qu'était devenu Lost. Il fallait inventer un monde où tout le monde paraît uni et heureux. Sans problèmes particuliers. Ce monde en fait, c'est le monde que découvre Jack après sa mort et sa courte nomination en tant que protecteur de l'île. Parce que oui, il meurt. Mais tout le monde finit par mourir nous dit Christian Shepard, le père de Jack.

"This is the place that you all made together so that you could find one another."
Christian Shepard

En fait, dans Lost, tout le monde meurt à la fin. C'est un peu l'histoire de la vie. Un beau détournement d'attention quand on pense que pendant six ans on nous a (bien) fait comprendre que, comme je l'ai dit précédemment, le personnage central est l'île. N'essayez pas de chercher une réponse à toutes vos questions. Quand les cinq dernières minutes arrivent, on devine qu'il n'y en aura plus. C'est le dernier au revoir aux personnages. Il aura fallu un purgatoire pour tous les réunir, un concert de Driveshaft, un Desmond plus lucide que jamais et un père Shepard en maitre de cérémonie. Les couples sont enfin réunis. Tout le monde est là. Sauf ceux qu'on n'a pas invité au casting du final. Walt en fera partie avec tous les mystères autours de ses nombreux pouvoirs. On pousse la porte, la lumière se fait vers un autre monde.
"Où allons-nous ?" demande Jack à son père.
"Allons donc voir." lui répond-t-il un large sourire aux lèvres.
L'oeil de Jack s'éteint sur l'île alors qu'il voit dans le ciel Kate, Sawyer, Desmond, Richard et Lapidus quittent l'île à tout jamais à bord de l'avion d'Ajira . On ne nous avait pas dit que l'histoire se déroulait du point de vue de Jack...
On a alors le droit de se demander s'il a rêvé le purgatoire ou si celui ci est bien réel.
Et s'il avait rêvé l'aventure Lost?

On a tous grandi avec Lost. On en a peut être trop espéré. On l'a peut être trop rêvé, nous aussi. Et la chute fait mal.




A.B.A

samedi 27 mars 2010

Alice au Pays des Merveilles : Tim in Disneyland.


Les derniers films du grand Tim Burton avaient laissé planer le doute. En effet, depuis Big Fish en 2003, le réalisateur semblait s'être détaché de son univers sombrement et délicieusement gothique (Sleepy Hollow) pour un monde plus féerique et enfantin mais ne faisant pas l'unanimité, à l'instar de son adaptation de Charlie et la Chocolaterie. Cependant, la sortie de sa comédie musicale sanglante Sweeney Todd avait remis les comptes à zéro, et peu de monde pouvait prétendre quel direction avait pris le cinéaste pour son prochain film : une adaptation libre d'Alice au Pays des Merveilles et sa suite par Lewis Caroll, qui, sous ses façades de contes gentillets, cache une véritable malaise, destinant le livre aussi bien aux adultes qu'aux enfants.

Alice, 19 ans, jeune fille assez débridée dans l'Angleterre du XIXe siècle, décide de suivre un étrange lapin blanc durant une fête mondaine, en l'honneur de ses fiançailles arrangées. Se baissant trop près du bord d'un terrier, elle fait une longue chute pour enfin se retrouver dans un monde enchanté : le Pays des Merveilles. Dans cet endroit étrangement curieux habités par des animaux parlant et des créatures terrifiantes, Alice fera la rencontre de nombreux personnages, dont le Chapelier Fou féru de thé, qui lui rappelleront sa précédente visite et l'inciteront à prendre les armes contre le règne de la maléfique Reine Rouge.

Dés les premières minutes, Burton semble revenu aux origines et à sa gloire passée. Soutenu par la composition toujours aussi superbe de Danny Elfmann (mais malheureusement jouant un peu trop la carte du déjà entendu tant la ressemblance avec la bande originale de Charlie est frappante), le cinéaste nous plonge dans une Angleterre Victorienne d'une grande beauté et laissant transparaitre quelque chose de sombre sous le vernis de la magnifique photographie de Dariusz Wolski. La découverte du monde nouveau qui s'offre à la jeune fille est tout aussi merveilleux : les décors, magnifiés par la 3D, sont réellement splendides et le look de certains des habitants, tels que Tweedledee et Tweedledum ou encore le Chapelier Fou, sont joliment trouvés.

Seulement, après quelques temps, l'émerveillement laisse place à la déception. Outre le fait que le décor et que les personnages s'avèrent au final plats et sans vie (la nostalgie des marionnettes et du décor en carton pointe le bout de son nez), Tim Burton ne semble plus savoir ou donner de la tête. Le film sombre alors dans une succession de péripéties s'enchainant trop vite, où le spectateur aura du mal à faire le point, et un défilé de personnages, certes beaux et bien habillés, mais ne provoquant d'émotion que chez les plus petits d'entre nous.

C'est alors que la vérité éclate. Tim Burton, père du poétique et torturé Edward aux Mains d'Argent, a perdu les manettes et c'est le magnat de l'attraction et de l'argent, Disney, qui s'en est emparé. Et encore, un Disney affaibli. En effet, le film, devenu trop lisse et mielleux, reposant sur une réflexion sur l'identité tout ce qu'il y a de plus réchauffée et mettant en scène des scènes d'action sans grand suspense (le combat final à la Narnia), ne peut pas être l'enfant pleinement désiré de l'imagination sombre (et pourtant accessibles aux moins de 14 ans) du créateur de Beetlejuice. Les quelques secondes du "guigendélire" du Chapelier (qui manque décidément cruellement de folie - et il en va de même pour toute sa troupe) sur de la musique supposée pop semble confirmer cette triste hypothèse... D'autant plus triste que l'adaptation animée de 1951 semblait beaucoup plus déjantée et malsaine.
Seules quelques scènes, comme cette inquiétante comptine du Chapelier, semblent montrer les douloureux sursauts du cinéaste.

Enfin l'interprétation est beaucoup trop inégal. Les acteurs fidèles au réalisateur (le très bon Depp à l'accent russe, comme à son habitude, mais laissant parfois un peu trop transparaitre un gout de Sparrow, et l'excellente et délurée Bonham Carter en tête) parviennent à sortir la tête du trou ce qui n'est pas toujours le cas pour les nouveaux venus (la légèrement fade Wasikowska et le tout simplement mauvais Glover).

Ainsi, il semble évident que Tim Burton se sent beaucoup plus dans son élément dans des films plus... "intimistes" (Edward, Beetlejuice et même Batman) que dans des grandes fresques chevaleresques et héroïques, à la Disney.



En résumé : Après un début très réussi, Tim Burton nous emmène dans un monde magnifique mais qui s'avère finalement bien fade, peuplé de créatures certes parfois très bien incarnées, mais manquant cruellement de folie et de profondeur pour intéresser les plus exigeants.
**°°
" Have you any idea why a raven is like a writing desk?"
- Mad Hatter (Johnny Depp)
*S.M.*

lundi 18 janvier 2010

Incassable : inclassable.


Depuis son plus jeune âge, Elijah Price, atteint de la "maladie des os de verre", l'ostéogenèse imparfaite, se réfugie dans les comics, ce qui deviendra une véritable passion. Lorsqu'il découvre que David Dunn, gardien de stade, marié (mais sur la voie du divorce) et père d'un enfant, est l'unique survivant d'un grave accident de train (131 morts tout de même), et ce, littéralement sans égratignure, il émet la théorie qu'il pourrait être son exact opposé : un homme invincible, une sorte de super-héros. Le prenant d'abord pour un illuminé, David découvre peu à peu qu'Elijah n'aurait peut être pas tout à fait tort.

Un an à peine après son film au succès mondial Sixième Sens, M. Night Shyamalan se lance dans un sujet qui l'a toujours passionné et faisant partie intégrante de la culture populaire américaine : le mythologie super-héroïque. En 2000, le film de super-héros est mort et enterré depuis les méfaits de Joel Schumacher sur la saga Batman - on ne sait au juste si, avec Batman & Robin, il a tenté de faire un hommage raté à la série des années 60, de réaliser un hymne à la culture gay ou de tout simplement ruiner la franchise - et seul Bryan Singer et la Fox y croit encore et commence à tourner leur X-Men. De son côté, Shyamalan donc tente redonner ses lettres de noblesse au comics au cinéma, se rapprochant d'un Frank Miller.

La grande force de Shyamalan dans ce film, au contraire des sagas Marvel ou DC - jusqu'au Dark Knight de Nolan - a été de destiner un film de super-héros non pas à des enfants mais à des adultes. Ici pas d'explosions, de super vitesse ou de combats titanesque. Le seul combat qu'on aura verra Buce Willis (rappelant qu'il sait aussi jouer des rôles dramatiques) affrontant un tueur, détruisant au passage un ou deux murs en contreplaqué. A côté de la scène d'ouverture de X-Men 2, on se pourrait se demander si c'est réellement un film de super-héros. Mais si l'intérêt ne se porte pas sur le côté puéril et régressif des comics, c'est que Shyamalan s'attarde plus sur les tourments des deux personnages principaux (le divorce, l'handicap, l'obsession), méthode déjà à l'oeuvre dans Sixième sens. Ainsi, Samuel L. Jackson joue à la perfection son personnage d'être solitaire, tellement abattu, écrasé par le regard des autres, qu'il en devient (on l'apprendra à la fin, donc attention spoiler) schizophrène et ne vit que pour trouver son ennemi, sûr qu'il découlera de cette lutte un sens à sa vie. La scène de dénouement et de la divulgation, séquence ô combien attendue depuis Sixième Sens, même si elle peut ne pas autant surprendre que son prédécesseur (les critiques de l'époque disaient être déçus), semble être présente plus par un soucis de finir le film sur un suspens (cependant maitrisé) qu'une volonté propre du réalisateur. Ce n'est pas cette recherche qui semble intéresser le réalisateur.

C'est dans la réalisation que Shyamalan semble désirer s'épanouir, marquée par exemple par de nombreux plans séquences magnifiques, à l'instar de la scène du train, la caméra (et ainsi le spectateur incarné ici par une petite fille) essayant de glisser un regard entre deux sièges sur ce spectacle apparemment simpliste, une fois de plus accentué sur les rapports humains plutôt que sur l'évènement en tant que tel.
Aussi, Shyamalan s'attarde sur le motif du miroir (la scène d'introduction, où le regard du spectateur se perd, le reflet d'Elijah dans une glace protégeant une comics mettant en scène une lutte super héroïque) avec tout ce qu'il représente : le dédoublement, l'inverseur de vérité, les os d'Elijah, fragiles comme du verre...
En outre, le film s'interroge remarquablement sur la signification des couleurs. Les flashs de Dunn, par exemple, sont en noir et blanc et seul la couleur des vêtements des malfaiteurs sont en couleurs (jaune, rouge), de plus en plus vive au fur et à mesure qu'il apprend à les maitriser, et les deux personnages antagonistes, sur le principe des comics, possèdent leur couleur propre (violet pour Elijah, vert pour David). Mais, de ce côté, le caractère le plus fouillé est peut être cette atmosphère bleutée et lugubre, pouvant faire penser à un étrange reflet de l'eau ou à un effet glacé, comme les pages d'une bande dessinée.


En résumé : M. Night Shyamalan, épaulé par les excellents Bruce Willis et Samuel L. Jackson, parvient à redonner ses lettres de noblesse au comics en l'intégrant complètement à la réalité et en ne tombant pas dans le danger du film puéril et régressif.
****
" They called me Mr. Glass. "
Elijah Price (Samuel L. Jackson)
*S.M.*

samedi 5 décembre 2009

Death Note : l'Enfer pavé de bonnes intentions.



Light Yagami, jeune lycéen japonais extrêmement brillant, trouve en sortant des cours un Death Note, un cahier de la mort déposé intentionnellement dans le monde des humains par Ryuk, un dieu de la mort (Shinigami) qui s'ennuie. Outre le fait de pouvoir discuter avec le Shinigami, ce cahier permet à son possesseur de pouvoir tuer n'importe qui en y écrivant son nom, à la seule condition de connaitre le visage de la victime. Light se jette sur l'occasion et tombe dans un délire mégalomane dans lequel il se prend déjà pour le nouveau Dieu d'un monde pur libéré des criminels et vivant dans la crainte d'être puni par Kira (surnom donné par les médias, dérivé de killer). Mais ses actes sont eux même considérés comme criminels par Interpol qui exige à la police japonaise, dont le chef n'est autre que le propre père Light / Kira, de collaborer avec L, un enquêteur tout aussi doué que Light. Débute alors une guerre d'idéaux entre les deux hommes.

Cet anime, au synopsis plus qu'alléchant, est truffé de bonnes idées. Ainsi le héros / anti-héros ne tue que par idéal (se rapprochant alors de John Doe, le tueur adulé de Seven) et le spectateur respecte et comprends ses motivations. Se pose le problème de L. Enquêteur, il représente l'autorité et la justice. En s'alliant à Kira, le spectateur s'oppose à celui-ci. Que choisir ? La justice humaine ou un humain voulant faire justice ? La série permet alors de se poser ses propres questions et de réfléchir sur lui même (ce que font d'autres personnages tels que Matsuda, personnage humoristique s'il en est mais torturé par ce choix).

D'autre part, la série est rythmé par un merveilleux jeu du chat et de la souris où chacun des deux protagonistes est menacé de se faire arréter pour l'un et tuer pour l'autre : Light utilise tous les subterfuges pour se cacher derrière une apparence de bon élève fier du métier de son père et va même jusqu'à accepter l'invitation de L à rejoindre une unité spéciale anti-Kira. L'étau se ressert : Kira tuera son ennemi dès qu'il connaitra son nom exact et L peut observer chaque faits et gestes de Light. Vous l'avez compris, la série est très axée sur le suspens, ainsi chaque épisode finit sur un cliffanger (méthode qui est parfois assez horripilante). Imaginez une fin de saison à Lost mais à chaque épisode, parfois deux fois dans l'épisode...



Mais le scénario n'est vraiment excellent que durant 25 épisodes (la série en compte 37). Malgré le fait que les explications et les stratagèmes des personnages soient parfois à la limite du compréhensible et du raisonnable, le spectateur passe outre ces menus défauts grâce aux personnages attachants et charismatiques. Cependant après la mort de L, l'auteur introduit deux nouveaux personnages : l'un est une pâle copie de L (reprenant ses attitudes et sa façon de parler) et l'autre, bien qu'intéressant, n'est jamais bien exploité et apparait plutot comme un faire valoir du premier. De plus, l'histoire devient plus confuse et le spectateur se perdra vite dans les explications mettant en scène parfois jusqu'à quatre vrais / faux Kira.

Le travail de l'équipe technique (Madhouse) est quant à lui parfait, un exemple du genre. L'animation est superbement fluide, surtout lorsque le côté diabolique de(s) Kira se révele et les scènes sont rythmées par un large panel de musique qui va du heavy metal à la musique classique épique, en passant par une mélodie stressante à souhait. Même le doublage français fait des prouesses dans le genre, en particulier Emmanuel Karsen et Alexis Thomassian.



En résumé : Un superbe anime au scénario attrayant mais plus ou moins maitrisé et tombant dans une deuxième partie assez pâle à coté de la première, magnifique.
***°

"This world is rotten. Rotten people should be killed off to cleanse this world."
- Light Yagami aka Kira

*S.M.*