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samedi 24 juillet 2010

M - Eine Stadt sucht einen Mörder : Predator.

Terreur et hystérie s'abattent sur une ville d'Allemagne : un monstrueux tueur en série s'attaque aux petites filles isolées. Gênée par les rafles incessantes de la police et voyant qu'elle peine à retrouver le meurtrier, la pègre se lance à sa poursuite.

Après une douzaine de longs métrages muets dont les reconnus Mabuse le joueur, les Nibelungen ou encore la superproduction Metropolis, Fritz Lang s'attaque au cinéma sonore en 1931. Avec M - Eine Stadt sucht einen Mörder (soit M - Une ville recherche un meurtrier ; M, le maudit en VF), Lang adapte plusieurs cas réels (Haarmann, Grossmann, Kurten, Denke et peut être même le Vampire de Dusseldorf, cependant dénié par l'auteur) en un film noir unique.

Unique, il l'est du point de vue de la mise en scène. Avec M, Lang continue magistralement sur la voie de l'expressionnisme si populaire chez les cinéastes allemands de l'époque, consistant basiquement à modifier la réalité pour nous en donner une subjectivité particulière, expressive et bien souvent angoissante. Ainsi, lors de la première scène de M, où son modus operandi nous est présenté, il suffit d'une silhouette venant encadrer le terme "Mörder" pour que nous comprenons tout de suite de qui il s'agit. Puis l'ombre se déplace et le terme revient, explosant à notre regard. Ce n'est que lorsque nous verrons le meurtrier lui même, son corps et non plus son ombre, qu'il en deviendra moins inquiétant. Tel que dans le mouvement baroque, ce corps rappelle ici les failles, la faiblesse d'un homme qui se veut indomptable. Dans une scène d'approche d'une victime, M voit une petite fille dans un miroir, reflété par une vitre, liant le criminel et l'enfant pourtant séparés. C'est précisément à ce moment, le regard exorbité, agressé par des poignards, hypnotisé par une spirale, dirigé par une flèche lancinante, que nous comprenons que l'homme ne peut rien faire contre ses démons, ses fantasmes. La fuite étant impossible malgré ses efforts, M retourne à cet état de prédateur, accompagné par ce leitmotiv entêtant, une figure de style inventée par Lang pour le film.


Mais Lang ne s'arrête pas à ce symbolisme limité au récit.
En 1931, l'Allemagne est déjà marquée par la montée d'un mouvement tristement célèbre : le Parti national-socialiste des travailleurs allemand ou parti Nazi et Lang le dénonce ici tout en finesse, symbolisé, entre autres, par le personnage de Schranker, le chef de la pègre. Que ce soit son attitude (le pouvoir et la poigne), son allure générale (costume et démarche) ou ses actes (le procès prophétique contre un malade mental), tout y fait penser. Sans parler du titre tout d'abord envisagé (Mörder unter uns - Les Assassins parmi nous) refusé, car dérangeant.
M est donc un film à mettre en relation avec son époque, dont la trame est parfois un prétexte à une description détaillée de cette période sombre : lorsque le cinéaste filme les bas quartiers, l'organisation de la pègre et des mendiants, en particulier le cours "bis" du pain, ou encore le travail d'une mère ouvrière, c'est ainsi moins pour faire avancer le récit que pour décrire la misère de la basse population après la grave crise économique de 1929.

Enfin, le savoir faire de Lang pour le découpage, le montage et les mouvements de caméra trouve ici une parfaite illustration. Le réalisateur se plait a réaliser plusieurs séquences magnifiques, comme un "faux" plan séquence, puisqu'il s'agit en réalité de coller plusieurs plans courts bout à bout (cf. la bourse aux tartines), composé de panoramas et de travelings avant ou arrière, de plans illustratifs (nous voyons les lieux cités en voix off) ou  encore des montages parallèles entre chef de la police et chef de la pègre, réfléchissant à une méthode pour retrouver M. Le film est truffé de ces scènes illustres qui seront reprises par la suite (comment ne pas penser aux Griffes de la Nuit lors de la scène d'introduction ?).

D'un point de vue totalement narratif et récréatif, M est un film maitrisé, totalement original (la marque du M, la traque par les mendiants...) et digne des plus grands thrillers, où tout s'emboite, rien n'est laissé au hasard, jusqu'au grand final, où Peter Lorre fait preuve d'une justesse et d'un talent incroyables dans ce rôle de tueur malgré lui, incapable de limiter ses pulsions. Louons aussi Thea Von Harbou, malgré ses décisions malheureuses par la suite, qui a écrit probablement la plus belle scène du film, montrant en 1931 le tueur pédophile (clairement sous entendu) pour ce qu'il est : un simple être humain.



En résumé : Par sa réalisation et sa justesse, M, premier film parlant de Fritz Lang, reste gravé dans la mémoire de celui qui l'a vu, comme dans celle du cinéma mondial (voir ses descendants directs ou  indirects), comme un film noir rythmé, original et magnifique. Sans mettre à l'écart le plaisir primaire du côté divertissant de son récit, le long métrage doit aussi être loué pour sa dénonciation voilée de la montée du nazisme et pour sa représentation de la misère sociale et économique des années 1930 en Allemagne.
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"C'est une belle balle que tu as là."
M. (Peter Lorre)
*S.M.*

mercredi 19 mai 2010

Valse avec Bachir : Souvenir, souvenir.


Comment peut on oublier un massacre ? C'est la question que se pose Ari Folman lorsqu'on lui demande ce dont il se souvient de la fin de la guerre du Liban, et plus précisément de l'épisode sanglant qui a eut lieu dans les camps de Sabra et Chatila en 1982. Au fil des rencontres et des interviews, il parviendra à retracer son parcours qu'il met en scène dans ce "documentaire d'animation".

Rares sont les longs métrages d'animation traitant d'un sujet un tant soit peu "sérieux", les plus emblématiques étant peut être Le Tombeau des lucioles, chef d'oeuvre d'Isao Takahata sorti en 1982, et, plus récemment, le très beau Persepolis de Marjanne Satrapi et Vincent Paronnaud (2006). Il est donc étonnant de voir un sujet aussi sombre et complexe que la Guerre du Liban être traitée par animation. En effet, le film de Folman tire tellement sur le documentaire (présentation des intervenants, témoignages sur fond neutre, travail d'enquête et de documentation) qu'il est naturel de se demander pourquoi ne pas en avoir jouer la carte "à fond". Au delà de l'évidence du choix pratique comme la mise en scène (les passages présent/passé, les passages imaginaires, la lourdeur d'une équipe technique) ou l'esthétique (le floutage - cf "l'interdiction" de photo d'un des protagonistes - aurait fait mauvais genre), les intentions du réalisateur semblent se pencher sur un choix éthique.

En effet, l'éthique (de la guerre ou du témoignage, c'est à dire son objectivité) semble traverser l'oeuvre. Comment sur un sujet qui, près de trente ans après, est toujours plus ou moins sensible pouvons nous, spectateurs et surtout occidentaux coupés du véritable conflit, croire un ancien soldat converti au 7eme art ? C'est là qu'est le génie de Folman. Il nous demande jamais de croire, il expose. Il expose les faits comme il les a lui vécu, comme l'ont vécu ses frères d'arme, comme l'a vécu un présentateur TV ou un soldat qui lui est parfaitement inconnu. Des témoignages donc et non la vérité, seulement les faits derrière le voile de la subjectivité.
Le choix de l'animation et le recul que l'on prend par rapport aux images (le choix d'une animation bien que très belle mais aussi très spéciale et un peu hermétique n'y est pas pour rien) dans ce cas précis sont à mettre en corrélation avec de nombreuses récurrences sur la mémoire et sa falsification. L'ami psychiatre ne prend il pas le temps d'expliquer l'expérience de la photo faussée ? Le narrateur, loin d'être omniscient, n'invente-il pas lui même un fait, cette sortie de la mer "now apocalyptique" ? Même d'infimes détails sur la perception sont mises à l'oeuvre pour nous pousser vers cette voie : la vision altérée à travers le judas, les doubles tremblant des chiens dans les flaques, l'apparition d'une fête foraine d'on ne sait où derrière Folman pendant l'anecdote psychanalytique...

Reste un film de guerre remarquable où les scènes de complète introspection et celle d'action pure s'entrechoquent au rythme d'une B.O. mêlant rock 80s, reprise à la sauce No Future, et de musique plus classique. Ce témoignage, certes à prendre avec des pincettes, offre à travers la petite histoire un brossage efficace de la grande, de la peur des uns et de la souffrance des autres, de la compassion de plusieurs et de la barbarie de beaucoup d'autres.

En résumé : Ari Folman signe avec Valse avec Bachir une oeuvre profonde sur un épisode tragique de la guerre du Liban tout en mettant en garde sur la subjectivité d'un tel témoignage, à l'aide d'une animation soignée.
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"As-tu des flashbacks du Liban ?"
*S.M.*